Avant que Peter Jackson ne reprenne les commandes du Hobbit, un autre cinéaste devait porter l’univers de J.R.R. Tolkien à l’écran : Guillermo del Toro. Entre 2008 et 2010, le réalisateur mexicain a travaillé sur le projet avec l’ambition d’imaginer une Terre du Milieu plus étrange, plus sombre et davantage imprégnée de son univers visuel.
Le film n’a finalement jamais vu le jour sous sa direction. Pourtant, les quelques éléments révélés au fil des années permettent de mesurer à quel point cette version aurait pu s’éloigner de celle que les spectateurs ont finalement découverte au cinéma.
Guillermo del Toro n’a jamais été un réalisateur particulièrement attiré par les univers parfaitement lisses. De Cronos au Labyrinthe de Pan, son cinéma repose sur une frontière fragile entre merveilleux, monstruosité et mélancolie.
Son approche du Hobbit devait s’inscrire dans cette continuité. L’objectif n’était pas nécessairement de reproduire l’esthétique déjà installée par Peter Jackson, mais de donner davantage de place aux créatures, aux atmosphères inquiétantes et aux aspects les plus mystérieux du récit de Tolkien.
Cette orientation aurait notamment pu modifier profondément la représentation des Nains. Loin de simples compagnons comiques entourant Bilbon, ils auraient dû posséder une identité visuelle plus marquée, avec des silhouettes et des personnalités capables de refléter leur histoire et leur culture.
L'autre différence majeure aurait concerné Bilbon Sacquet. Le personnage imaginé par del Toro aurait pu apparaître plus torturé et moins immédiatement rassurant que celui incarné ensuite par Martin Freeman.
Cette vision correspondait à la volonté du réalisateur de faire évoluer progressivement son héros. Bilbon devait conserver son caractère ordinaire tout en étant confronté à une aventure capable de réveiller chez lui des instincts insoupçonnés.
Le cinéaste souhaitait également que l'univers conserve une dimension féerique, mais sans effacer sa part d'ombre. Une combinaison qui aurait pu donner au voyage vers la Montagne Solitaire une atmosphère plus proche du conte inquiétant que du grand spectacle hollywoodien.
Le départ de Guillermo del Toro en 2010 n'est pas seulement lié à des divergences artistiques. La production du Hobbit a été confrontée à de nombreux changements, notamment à des problèmes de calendrier et à une longue période d'incertitude autour du projet.
Peter Jackson a finalement repris la réalisation et transformé l'adaptation en une trilogie. Un voyage inattendu, La désolation de Smaug et La bataille des Cinq Armées ont ainsi prolongé considérablement l'histoire originale de Tolkien.
Le résultat a rencontré un immense succès commercial. Les trois films ont généré près de 2,9 milliards de dollars de recettes mondiales, malgré des critiques souvent partagées sur leur longueur, leur rythme et leur utilisation intensive des effets numériques.
Il est évidemment impossible de savoir à quoi aurait réellement ressemblé le Hobbit de Guillermo del Toro. Le projet n'a jamais dépassé le stade du développement et plusieurs éléments auraient encore pu être modifiés avant le tournage.
Mais son abandon laisse une question fascinante : que serait devenue la Terre du Milieu si elle avait été façonnée par l'imaginaire d'un cinéaste davantage attiré par les monstres, les contes sombres et les univers baroques ?
La réponse appartient désormais aux hypothèses. Ce qui demeure certain, c'est que le Hobbit aurait pu connaître une trajectoire cinématographique très différente. Derrière la trilogie que le public connaît aujourd'hui se cache ainsi un autre film, jamais tourné, dont quelques concepts et intentions suffisent encore à nourrir l'imagination des passionnés de Tolkien.
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